Objectifs et plaidoyer
Réserve Humaine vise à contribuer à bâtir un meilleur cadre de protection la dignité humaine, au sens légal du terme.
L’association vise notamment à faire exprimer, par les experts de référence, les besoins fondamentaux révélés par les carences liées à un mauvais usage ou aux excès de certaines IA.
Elle milite pour la préservation des équilibres individuels et sociétaux, le lien humain, la vigilance sur les risques propres à la santé et à l’épanouissement des individus, en étudiant l’intégrité nécessaire vis à vis des formes d’Intelligence Artificielle.
Propos fondateurs
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Pour un IA-protectionnisme existentialiste, tracé ensemble en pointillés.
Benjamin Boyer.
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Le XXIe siècle tel qu’il se profile après la pandémie du COVID19 fait apparaître une période d’enthousiasme supposant que la machine va régler tous les problèmes. Cette confiance débridée en des solutions technologiques pour faciliter la vie des Humains, où l’innovation court plus vite que toute capacité à légiférer et faire appliquer la loi, engendre une nouvelle société, de nouvelles pratiques portées par le marché de l’IA : un nouvel Humain?
Dans cette période de changements qui s'accélèrent et s’alimentent entre eux, on peut s’inquiéter que ces changements soit suffisamment réfléchis dans le cadre de nos sociétés démocratiques. Changement climatique, guerres, choc démographique, la santé mentale de masse en détresse, retour des fachismes… Au milieu de tout cela, l’IA menace de jouer le rôle central de traiter notre rapport à l’information, l’information en tant que telle, notre représentation du monde et progressivement, notre représentation de nous-même.
Ses grands promoteurs, nous donnent à penser qu’un monde qui ne buterait plus sur les limites de ces pauvres humains serait bien meilleur. Et si nous proposions précisément le contraire?
De la clarté sur l’équilibre nécessaire entre les besoins naturels de l’Humain et ses besoins de liberté pour s'épanouir est actuellement nécessaire pour adapter les lois, la démocratie, le débat que l’on peut avoir sur ce que c’est d'être humain, et la dignité qui va avec etc.
Ces enjeux sont capables de donner toute sa valeur à l’IA, à condition dea mettre au service de l’Humain.
Au moment où l’Intelligence Artificielle ressemble de plus en plus à l’humain, s’y substitue et jette un flou sur ses besoins naturels et probablement son intégrité, que faut-il bien contrôler pour garantir un accompagnement respectueux et responsable dans ce nouveau monde?
Lorsque l’on observe la découverte des interactions cerveau-machine pour dépasser la frontière d'une conscience régie par d’autres éléments que l’autonomie du libre-arbitre, quelles sont les conditions pour que ce lien ne devienne pas la laisse d’une servitude volontaire ?
Est-il à nouveau possible, comme à l’époque des Lumières, de mettre l’Humain au centre de l’univers tout en le préservant des tyrans et de leurs outils? Nous proposons de relever le défi.
Que nous enseignent ces outils sur nous même à chaque fois que nous ressentons une gêne? Que dessinent-ils comme autant de points de limites de ce que nous ne voulons pas vivre? Ou de ce que nous voulons vivre et qu’aujourd’hui nous ne vivons pas ou mal avec ou sans IA?
Le tracé de ces points est-il une opportunité de définir de manière pratique le contour de notre humanité et de préciser là où commence son inviolabilité et sa valeur ?
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Un phénomène de soumission et d'affaiblissement des fondements du comportement humain semble servir de base à la servitude portée par certains usages de l’IA. Sans prétendre les identifier toutes, on peut observer les annihilations fondamentales suivantes… L’annihilation de la volonté veut que l’on confie la tâche à la machine en acceptant l’inconnue de ses sources et de son raisonnement. Elle engendre l’annihilation de la connaissance liée à l’expérience de l’action individuelle ou collective qui engendre à son tour l’annihilation de discernement.
Cette dernière est tout particulièrement préoccupante en ce sens qu’elle réunit les conditions d'une insensibilité croissante face aux informations qui saturent notre capacité d’indignation ou de remise en question.
La quatrième annihilation fondamentale repose en l’annihilation par la solitude : elle est la garante de notre fragilité face à l’IA: tout usager s’isole en l’utilisant mais s'isolerait davantage des autres Humains en n’utilisant pas cet outil universel. Enfin la cinquième annihilation fondamentale réside dans la dépendance. L’outil à tout faire et la solution à tout inverse le rapport homme-outil, de telle sorte que ce n’est plus outil qui est substituable, mais l’usager.
Cette passivité reflète un double mouvement de rapprochement vers un miroir de moins en moins déformant : au fur et à mesure que la machine ressemble à l’Humain, l'annihilation de l’Humain l’amène à de plus en plus à se comporter comme la machine. Il en va de même s’agissant du très préoccupant comportement socio-politique induit par la domination de l’intelligence artificielle sur le traitement de nos informations.
La redirection des informations et leur filtrage par les algorithmes de ciblage publicitaire, confirment les utilisateurs dans leurs biais et enferment dans des micro segments de marché de la conviction. Ils conditionnent des consommateurs-citoyens à devenir plus eux-même qu’eux-même, des archétypes de plus en plus facile à stimuler. On peut se demander s’ils ne sont pas traités comme des outils…
Ce classement renforce également les logiques de communautés, puis de clans et fait rapidement apparaître un archipel de réticences à vivre ensemble, aussi clairsemé qu’il existe d’ilôts segmentés dans ce marché-océan des convictions.
Il est indubitable que l’avènement d’une société d’IA sert prioritairement les profits des entreprises qui génèrent leurs richesses en exploitant l’information donnée par leurs clients. De même, la dépendance d’usage de ces outils apporte une fidélisation et une malléabilité qui doit interroger la protection du consommateur, de l’humain, mais aussi du citoyen.
Ces citoyens voient leur engagement évoluer en adhésion puis en consentement. Ce laisser-aller de la maîtrise de ses actes puise ses racines dans l’appartenance à communautés entretenues de biais de confirmation. Il est plus que jamais à craindre que la “fabrique du consentement”, bras armé de la propagande et de la publicité, ne deviennent un véhicule sans pilote, dans un univers où “la main invisible” des libéraux sensée autoréguler le marché, ne serve à aveugler celles et ceux qui auraient jadis pû proposer de nouvelles manières de penser.
Cette faiblesse dispose de racines bien connues des épistémologues et des historiographes et qui sont industrialisées par l'intelligence artificielle. La Censure par Saturation d’une part consiste à inonder l’espace public de données secondaires pour masquer une vérité essentielle. Cela fatigue la capacité de jugement de l’individu par une fatigue informationnelle. D’autres part l’agnotologie nous alerte contre ce qui consiste en la production culturelle de l'ignorance du doute ou de l’erreur par la priorisation d’informations financées ou créées pour générer une confusion. Cela s’articule avec le Gatekeeping, c’est à dire le processus de sélection où l’on décide de ce qui mérite d’accéder au rang de “fait historique” ou de “nouvelle”. Enfin la Capture Cognitive désigne le fait de “nourrir” autrui de données spécifiques confirmant certains biais. Ceci engendre l’occupation du temps de cerveau disponible et limite voire empêche la réflexion sur les informations laissées de côté.
Les chaînes d’opinion en étaient les prémisses, les réseaux sociaux en furent l’industrialisation et il n’est à présent pas absurde de s’interroger sur les risques universels portés par un environnement d’intelligences artificielles faisant primer notre consommation sur notre santé, en instrumentalisant des besoins masqués en prêt à penser.
Dans le même temps, l'ère de post-vérité qui veut que la quête de croire ce que l’on aime l’emporte sur la quête de vérité, rend fragiles les repères des démocraties libérales modernes que l’on pensait acquis. La protection des personnes devient un paramètre de moins en moins “qualitatif” et structuré par un lien humain direct, mais plutôt un objet de marché en quête de réplicabilité de production au moindre coût : celui du numérique. Cela ne renseigne en rien sur le devenir de populations entières, précarisées et fragiles, placées par défaut dans l’angle mort de l’algorithme. Ce nouveau “prolétariat”, exclu de toute possibilité d’union pour se défendre et qui ne manquera de questionner notre conscience, ne doit pas devenir un dégât collatéral.
Notre réaction est l’indicateur d’un immense espoir. De nommer cette possible évolution, si sombre, provoque naturellement notre rejet. Mais un rejet pour quoi ? Pour quelle expérience d’être Humain dans un monde où l’IA existe, et pour qu'elle intension d’exister?
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L’intention d’exister par sa liberté de ses choix autonomes est un humanisme à la racine de la distinction Humain-IA. Cet existentialisme nous invite à poser les postulats suivants:
L’intégrité de l’esprit humain eu égard à l'IA Générative n'est pas acquise ; elle est une condition à construire, constitutive du droit au bonheur.
La préservation du libre-arbitre passe par la compréhension des origines des informations issues d’IA génératives et leurs influences, conscientes ou inconscientes, sur nos interactions, nos choix ainsi que notre intégrité psychique et sociale.
La compréhension des spécificités et la valorisation du partage entre humains, sans intermédiaire d’IA Générative, et la sauvegarde d’activités humaines de l'IA Générative, sont des éléments cruciaux pour faire société à l'ère de la post-vérité.
En adaptation à l’ère de l’IA apparaît naturellement le besoin d’une mise en œuvre de garanties à des espaces et des moments de vie sans interaction IA-Humain: une Réserve Humaine. Cette Réserve Humaine doit agir en centre de ressources, au service de la préservation du libre arbitre, ceci articulé par une logique de prévention et d’éducation.
En filigrane, se pose ainsi la question : Quels sont les moyens et les savoirs dont nous disposons à présent pour identifier l’Humanité dans sa singularité par rapport à l’IA? Qu’est-il important de préserver? Quelles sont les pistes à explorer pour renforcer la connaissance en la matière ?
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Un outil n’est que ce que l’on en fait. Au moment où l’IA, naissante, est testée pour piloter des machines de guerres létales autonomes, pour créer des avatars de personnes à aimer ou des images à désirer, au moment où elle est appréhendée pour se substituer aux psychologues et à une multitude d’interactions et de choix fondamentalement humains et essentiels aux humains ; il est nécessaire d’affirmer le postulat de la suprématie humaine sur l’IA.
Cela passe par une multitude de témoignages qui exptiment la consistance et la frontière d’une humanité qu’aucune machine ne devra franchir. Une humanité qu’il faut raconter dans ses moments et interactions uniques et sensoriels où “chacun est parce que nous sommes”.
Tracer ces conditions sera un des éléments permettant de garantir que cette révolution technologique s’installe sur les rails d’un progrès pour le partage, la connaissance, la culture, le bien-être, l’égalité, le progrès, la paix… en un mot : le bonheur.
Cet outil qui peut permettre des pas immenses, notamment en matière de recherche en santé ou encore d’instruction, doit s'inscrire naturellement dans nos quotidiens comme facilitateur et démultiplicateur des potentiels dans une solidification de notre humanité, à l’abri des intérêts aveugles, et toujours moteur de nos libertés.
Ayons l’audace de compléter cette technologie de ses indispensables repères pour la préservation d’espaces et de moments autonomes, humainement interactifs, nécessaires à notre digne accomplissement et celui de nos sociétés.
Considérant que l’on est que ce l’on accepte d’être, cette révolution nous oblige. J’appelle donc les chercheurs, les penseurs de la démocratie à la santé, du travail à l’enseignement, de la sécurité au sport, de la diplomatie à la gouvernance, de l’humour au jeu, de la psychologie au partage des cultures … ainsi que chaque pointillé de pensée et d’expériences exprimables dans le tracé de notre humanité, à exprimer cette frontière, à l’occasion d’interview ou en prenant la plume, pour qu’ensemble nous fassions un usage éclairé de l’IA.